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Victor Ambros, co-découvreur des micro ARN, invité d'honneur d'Université Côte d'Azur

L’ARN, longtemps considéré comme une « simple » version imprimable de l’ADN, n’est pas qu’une copie lisible du code génétique permettant de synthétiser des protéines dans la cellule. Les formes courtes de cette molécule, appelées micro ARN et découvertes il y a maintenant 25 ans, révèlent un champ d’action considérable. Ces petits brins jouent en effet un rôle de premier plan dans les processus développementaux et dans de nombreuses maladies. Preuve en est, la communauté des chercheurs réunis sous la bannière du Labex Signalife a organisé, du 7 au 9 février dernier à Valrose, un colloque dédié aux travaux impliquant les multiples facettes des ARN. Le Dr.Victor Ambros, co-découvreur en 1993 de ces entités vedettes, était l’invité d’honneur de la manifestation.


Publication : 02/03/2018
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120 scientifiques étaient également inscrits à cette première édition, dont de nombreux chercheurs locaux, traduisant ainsi la dynamique d’Université Côte d’Azur dans ce domaine de la biologie. Les ARN peuvent par ailleurs s’étudier dans les principaux modèles utilisés en laboratoire, des plantes aux cellules humaines, en passant par de nombreux organismes intermédiaires comme la mouche ou le ver. Leur étude permet ainsi de mieux comprendre le fonctionnement du vivant au sens large. Le colloque a également permis d’aborder l’implication des ARN dans certaines pathologies comme le cancer ou les maladies neurodégénératives. L’objectif était de mieux décrire les processus susceptibles d’être corrigés en faisant intervenir ces molécules et donc de discuter de nouvelles pistes possibles pour des traitements futurs.

Les micros ARN (pour acide ribonucléique) sont de petites séquences simple brin non codantes. Autrement dit, elles n’ont pas d’implication directe dans la synthèse des protéines par la cellule. Plus courtes que l’ARN messager, l’intermédiaire permettant justement de passer de l’ADN (pour acide désoxyribonucléique) aux protéines, ces « soldats inconnus » de notre organisme étaient encore ignorés au début des années 90. Pourtant, ces molécules se retrouvent partout dans le vivant, indiquant qu’elles régissent des mécanismes sans doute très conservés au fil de l’évolution. En 1993, alors qu’il travaillait au Dartmouth College, Victor Ambros a d’ailleurs étudié pour la première fois un micro ARN dans le ver C.elegans. Depuis, 2500 micro-ARN matures (c’est-à-dire fonctionnels) ont été découverts. Ils ciblent plus de 50% du génome et sont ainsi par exemple susceptibles d’empêcher ou au contraire d’activer l’expression de certains gènes. Aujourd’hui, ces molécules semblent incontournables dans les travaux de recherche en biologie. Elles suscitent d’énormes espoirs pour la médecine personnalisée, notamment dans les cancers. Pourtant, le grand public ne les connaît quasiment pas…

Nous avons profité de la présence exceptionnelle de Victor Ambros pour lui adresser quelques questions.



Victor qu’est-ce qui vous a amené à étudier les micro ARNs, au début ?

VA. Mon intérêt pour les petits ARN était accidentel. Nous faisions une analyse génétique d'un gène, chez le ver C. elegans , et nous ne savions pas quel serait le produit synthétisé à partir de cette séquence d’ADN. Donc, une fois que nous avons identifié le produit génique de ce gène particulier, nous avons découvert qu'il s'agissait d'un micro ARN. Notre intérêt pour les petits ARN résulte de cette découverte accidentelle.

Avez-vous immédiatement cherché un tel mécanisme chez l'homme ? Vous avez trouvé ce mécanisme chez le ver, n’est-ce pas ? L'avez-vous traduit immédiatement chez l'homme, pour trouver, peut-être, des indications intéressantes sur les mécanismes des troubles humains ?

V R. C'est une très bonne question, parce que c’était en 1993, et j'avais un petit laboratoire à Harvard, et on n'a pas eu de collaborateurs immédiatement accessibles pour travailler sur les cellules humaines. Nous étions vraiment des spécialistes dans l'étude de C. elegans , le nématode, et nous n’avons pas ressenti le besoin de collaborer avec quelqu'un afin d’identifier ces petits ARN dans d'autres systèmes. De nos jours, c'est une sorte de réaction automatique des gens, quand ils trouvent quelque chose dans un organisme modèle. Mais à l'époque, nous étions plus enclins à supposer que ce que nous étudions était quelque chose de spécifique et de spécial à ce nématode.

Ainsi, après 25 ans, maintenant, quelles sont vos attentes et réflexions sur le potentiel de la traduction de ces petits ARN ?

V R. Il est vraiment excitant de voir des gens échanger sur des stratégies voire de démontrer l'efficacité de ces stratégies qui parlent de réduire au silence un microARN qui serait impliqué dans une maladie ou de remplacer des micro RNA avec un mimétique synthétique dans, disons, un cas où le micro ARN serait déficient. Et l'autre aspect de ce qui est très excitant est de voir la compréhension de base des processus biologiques qui anime les personnes qui étudient les petits processus de régulation basés sur l'ARN. Nos connaissances en biologie fondamentale augmentent et avec elles l'espoir de découvrir des stratégies thérapeutiques.

Pensez-vous qu'il y ait beaucoup plus à apprendre sur ces nouvelles espèces d'ARN du génome ? Je veux dire, plus on enchaîne et plus on obtient d'informations de leur part. ... Est ce que vous attendez de nouvelles grandes découvertes ? De nouvelles molécules inconnues exprimées dans le génome ?

V R. Je pense que l’on peut prédire qu'il y aura des surprises, mais quelles seront ces surprises est bien sûr impossible à prédire. Vous pouvez voir à partir de la vitalité de la recherche dont nous parlons aujourd'hui et que vous voyez à toutes les réunions où vous allez, où les gens rapportent de nouvelles découvertes dans le domaine de l'ARN général non codant, que des surprises passionnantes sont routinières. Et j'ai l'impression que ce domaine est plus excitant que jamais. C'est un domaine formidable, à cause de cette excitation, et donc, qui sait ce que nous verrons ?

La dernière question porte sur l'objectif de votre recherche actuelle sur les micro ARN . À court, moyen et long terme, pouvez-vous nous donner une idée d’où vous en êtes sur vos recherches sur les micro ARN ?

V A. Une chose qui nous intéresse vraiment, c’est de comprendre comment les voies de signalisation des micro ARN sont intégrées dans des réseaux de régulation génique plus larges. Je suis excité par la perspective de collaborer avec certains de mes collègues universitaires, spécialistes de la biologie des systèmes. Ensemble, nous pourrions être en mesure de comprendre comment les micro- ARN, seuls ou en association, s'engagent avec tant de cibles pour réguler la biologie des organismes. Avec des collègues ici présents qui étudient également C. elegans et qui sont aussi des biologistes des systèmes, nous co-dirigeons un étudiant de troisième cycle, et nous espérons que ça va être fructueux.
L'autre domaine qui nous intéresse vraiment est l'évolution des répertoires cibles de micro ARN. Nous sommes fascinés par le fait que certains micro ARN sont profondément conservés dans l’évolution. Ils ont une petite poignée de cibles anciennes, mais ensuite chaque animal présente des cibles différentes. Nous pensons que les micro - ARN vont peut être nous renseigner sur des processus évolutifs que nous ne percevons pas encore. C'est ce que j'espère, à moyen et à long terme.

Ça a du sens. Merci beaucoup.

V A. Merci.

Voir l'interview filmée de Victor Ambros en anglais 

Victor Ambros - MicroRNA from Université Côte d'Azur on Vimeo.