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Comment la crise du coronavirus est en train de changer le monde du travail?

La date du jeudi 12 mars 2020 restera dans l’histoire comme étant le jour où un pays tout entier a été sommé de basculer dans le télétravail. Du jour au lendemain, de nombreux travailleurs ont dû adopter cette pratique et ce, dans les pires conditions. Impréparation des services supports des administrations et des entreprises, improvisation sur les outils à utiliser, lenteur des connexions Internet, présence des enfants à la maison et à cela, il faut ajouter un contexte anxiogène rarement rencontré.


Publication : 26/03/2020
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Le télétravail n’est pas né avec la crise du coronavirus. Il s’est développé ces dernières années et les récentes grèves avaient déjà accéléré son adoption. Ce qui est nouveau, en revanche, c’est sa généralisation brutale. Il ne s’agit plus de réserver le télétravail à quelques catégories de personnes ou de le limiter à un ou deux jours par semaine. Il s’agit à présent de faire tourner toute une économie et la plupart des services publics grâce au télétravail. Paradoxalement, cette crise révèle également que celles et ceux qui ne peuvent pas faire de télétravail sont souvent les travailleurs les plus essentiels à la continuité des activités de base d’un pays.

Avec la généralisation du télétravail à marche forcée, ce sont les fondements même de notre modèle d’organisation du travail qui sont remis en cause. Les travailleurs sont sans doute nombreux à réaliser qu’il leur est possible de travailler sans se rendre dans un bureau tous les jours et sans se plier à des contraintes horaires. Malgré les difficultés rencontrées, ils ont été capables de recréer en quelques jours un environnement de travail complet et à réaliser leurs activités en toute autonomie. 

Cette adoption dans l’urgence du télétravail montre que notre modèle d’organisation du travail hérité de l’ère industrielle ne se justifie plus. Le télétravail généralisé marquera peut-être la fin du management par la défiance, qui est encore trop souvent au cœur des relations de travail. L’entreprise Amazon en ayant donné un triste exemple récemment. 

C’est parce que des managers et des entrepreneurs comme Henri Ford, par exemple, faisaient face à des divers problèmes nuisant à la productivité des entreprises, qu’un management par la défiance a émergé et a souvent perduré jusqu’à aujourd’hui. Le management a ainsi été développé pour organiser les activités, mais aussi pour encadrer les travailleurs, afin d’assurer une productivité optimale. Ainsi, un poste de travail déterminé, des horaires fixes, mais aussi une ligne hiérarchique précise ont été des principes structurants dans le monde du travail.

Or, dans le contexte actuel de crise du coronavirus, les managers encore inspirés jusqu’alors par cette vision classique du management n’ont souvent pas d’autres choix que de laisser les travailleurs libres dans l’aménagement de leur travail. Ainsi, depuis plusieurs jours, différents outils de communication et de productivité sont testés et adoptés, les priorités sont redéfinies et des initiatives sont prises sans le contrôle et l’assentiment des supérieurs hiérarchiques. C’est d’ailleurs pour cela que les entreprises et les administrations ont pu assurer la continuité de la plupart de leurs activités dans des délais très brefs. Dans ce contexte, c’est une forme de management par la confiance qui se développe, car le contrôle est souvent impossible et les managers eux-mêmes ont d’autres urgences à gérer. 

Si le confinement devait se poursuivre, ce mode de management a toutes les chances de s’ancrer durablement dans les pratiques, pouvant entraîner des évolutions majeures dans le monde du travail. Bien sûr, cette crise est dramatique à bien des égards, mais elle est aussi une opportunité que nous pouvons saisir pour inventer le monde du travail de demain.