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Entretien avec Christian Pradier, Chef du département de Santé publique au CHU de Nice

A l'occasion de la journée mondiale de la Santé le 7 avril dernier, le Professeur des Universités - Praticien Hospitalier, Christian Pradier, revient sur les missions de la Santé publique et explique comment s'articulent les campagnes de prévention.


Publication : 04/04/2019
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Le Docteur Christian PRADIER est Professeur des Universités - Praticien hospitalier à la Faculté de Médecine de Nice. Chef de service du Département de Santé publique du CHU de Nice, il est diplômé en Santé publique et titulaire d’une habilitation à diriger les recherches délivrée par Université Côte d'Azur. Il a mené de nombreux projets de recherche et a publié plus de 200 articles scientifiques dans des revues internationales. Ses travaux portent essentiellement sur la recherche interventionnelle en santé publique. Le Professeur Pradier est membre de différents comités scientifiques nationaux et internationaux. Il préside notamment, depuis 2018, le comité d’experts en Promotion de la Santé de l’Agence Santé Publique France qui a vocation à soutenir et à assister l'Agence nationale de la santé publique (ANSP). 

Concrètement, qu'est-ce que la santé publique ? 

La santé publique est une notion sociale et politique. Elle vise à améliorer la santé, à prolonger la vie et à donner une meilleure qualité de vie de la population dans son ensemble. Pour cela, la santé publique utilise cinq grandes fonctions : la surveillance épidémiologique, la protection, la prévention, la promotion de la santé, et l’organisation du système de santé.

Ces dernières années, une distinction a été établie entre la santé publique et la « nouvelle » santé publique, afin de mettre l’accent sur des démarches nettement différentes à l’égard de la description et de l’analyse des déterminants de la santé, et des méthodes utilisées pour résoudre les problèmes de santé publique. Cette nouvelle santé publique se caractérise par le fait qu’elle repose sur une compréhension globale des façons dont les modes de vie et les conditions de vie déterminent l’état de santé, et sur une prise de conscience de la nécessité de dégager des ressources et de faire de bons investissements dans des politiques, des programmes et des services qui créent, maintiennent et protègent la santé en favorisant des modes de vie sains et en créant des environnements favorables à la santé.

Comment la santé publique organise-t-elle la prévention ?

Par deux types de stratégies :

  • D’une part, par des actions qui ont pour but de supprimer les facteurs de risque de maladie (comme le tabagisme par exemple) chez des individus ayant des comportements à risque. Les campagnes de prévention sont des outils parmi d’autre pour apporter de l’information. Il existe également beaucoup d’autres modalités d'actions qui permettent de développer la prévention santé : action sur l’environnement social ou physique, action législative, etc…
  • D'autre part, par des actions de promotion de la santé qui visent à agir sur les déterminants de la santé à l’échelle de la population tout entière.

Des controverses existent sur l’efficacité de certaines actions de santé publique. La vaccination en est un exemple. Comment sont traitées ces controverses ?

Il est maintenant établi qu’en matière de prévention, les bonnes intentions ne suffisent pas. Beaucoup d’interventions ne bénéficient d’aucun encadrement méthodologique et la croyance naïve dans l’efficacité intrinsèque de la prévention (elle ne peut avoir qu’un effet bénéfique) est encore très répandue. Or, on devrait se poser les mêmes questions pour la prévention que pour les soins (quelle est son efficacité, est-elle efficiente, y a-t-il des effets non souhaités...), c’est-à-dire utiliser les données issues de la recherche, du contexte et de l’expérience pour éclairer et améliorer les pratiques en matière de prévention.

Nous sommes aujourd’hui exposés à un flot continu d’informations en ligne, par écrit, dans les jeux vidéo ou dans les médias de masse.  Il faut développer, en particulier chez les plus jeunes, les compétences en littératie critique, c’est-à-dire la capacité à traiter l’information avec discernement pour y distinguer le vrai du faux.

Dans le cas de la vaccination, il faut rappeler que de très nombreuses études scientifiques ont démontré l’efficacité et les bénéfices de la vaccination.

Quel rôle peuvent jouer les citoyens dans le traitement de ces controverses ?

Dans la promotion de la santé, on insiste sur l’importance de la participation des citoyens dans les prises de décisions qui concernent leur santé. Cela exige un accès total et permanent à l'information et aux possibilités d'acquisition de connaissances. En particulier, les données scientifiques doivent être accessibles et compréhensibles par tous.

Propos reccueillis par Manon Reinhardt