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France, Italie et Suède : la mortalité du Covid-19 diminue avec l’arrivée du printemps.

L'analyse de Gilbert Reinisch confirme un effet saisonnier sur l'épidémie de sars-cov-2. La maladie semble bel et bien freinée. Dans l'hypothèse d'un sursaut à l'automne, le chercheur nous invite à ajuster notre réponse au risque.


Publication : 27/05/2020
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 Par Gilbert Reinisch, Observatoire de la Côte d’Azur, Dépt Lagrange, Université Côte d'Azur. Université d’Islande, Unité Nanotechnologies, Reykjavík

Introduction

Nul doute que les autorités s’appuyant sur une « médicocratie » omniprésente dans les médias et omnipuissante dans la société soient parfaitement au courant de cette banale quoiqu’excellente nouvelle : le changement de saison a eu un effet bénéfique sur la baisse de la mortalité du Covid-19 en France, Italie et Suède. La question est : pourquoi ce fait – car j’insiste : il s’agit bien d’un fait ; pas d’une modélisation—n’a-t-il pas été porté à la connaissance de la population ? Dès fin avril, il y a donc en gros un mois, j’ai tenté d’interpeller les collègues, en particulier certain du conseil scientifique du Covid1, sur l’apparition de cet effet saisonnier dans la simple lecture des chiffres de la mortalité 2,3

Certes, un tel effet n’est patent que dans trois pays ouest-européens : la France, l’Italie et la Suède. Mais ces trois pays ont chacun une histoire et un contexte épidémiologiques du Covid-19 spécifiques. En particulier, ils ont adopté des stratégies de réduction des interactions sociales différentes en vue de contrer efficacement la propagation du virus : confinement strict en Italie et en France versus mesures de « distanciation sociale » sans confinement imposé en Suède : on a en effet préféré là-bas faire confiance à l’intelligence et la maturité de la population plutôt qu’à des mesures coercitives « verticales » dont certaines furent inutilement infantilisantes et humiliantes dans notre pays autoproclamé des droits de l’homme et des libertés. 

Effet de ralentissement de la mortalité Covid-19 dû au changement de saison

Les trois pays en question, la France, l’Italie et la Suède, ont obéi à la même cinétique de la propagation de l’épidémie définie comme suit :  

- un démarrage exponentiel extrêmement faible, long et lent puis soudain une croissance brutale de la mortalité, toujours selon la même fonction exponentielle, et qui rappelle le phénomène du raz de marée ; 
- une transition de cette  « explosion exponentielle » vers un régime intermédiaire de croissance quasi-linéaire nettement moins meurtrier à la suite de l’adoption de mesures appropriées de limitation des interactions sociales (confinement ou non)  ;
- un net infléchissement de la pente (c. à d. une réduction significative de la mortalité journalière) de ce régime linéaire pour ces trois pays au cours de la même semaine du 24 avril au 1er mai 2020 ; précisément : à t = 116 jours, soit le 24 avril, pour l’Italie et la France et à t = 121 jours, soit le 29 avril, pour la Suède (ces temps respectifs de « décrochage printanier » de la croissance linéaire sont marqués par les flèches correspondantes sur les figures 1 et 2).

Ces propriétés caractéristiques de la cinétique du Covid-19 se retrouvent en France, Italie et Suède malgré les différences notoires déjà soulignées, et en particulier malgré les calendriers différents concernant l’apparition et la propagation de l’épidémie dans chacun de ces trois pays.  

Je rappelle que les figures 1 et 2 indiquent les courbes exponentielles initiales de chacun des trois pays et les valeurs cumulées de la mortalité pour l’Italie (cercles), la France (croix cerclées), la France hospitalière (ou « France H » : croix ; données plus fiables que les croix cerclées représentant la France H + EHPAD) et la Suède (« + ») depuis l’origine de l’échelle de temps t=0 prise au 1er janvier 2020. On a représenté pour chacun de ces trois pays en traits discontinus (Italie) ou pointillés (France, France H et Suède) les droites respectives définies par les régimes quasi-linéaires intermédiaires issus de la transition à partir du régime exponentiel initial du pays considéré. 

Pour l’Italie et la France (pays ayant été soumis au confinement), les abscisses à l’origine de ces droites respectivement discontinues et pointillées (c.à.d. leurs intersections avec l’axe horizontal des temps « t ») ne sont pas quelconques : elles correspondent très précisément (avec une incertitude de deux jours maximum) à l’établissement du confinement dans le pays considéré. Le régime de croissance linéaire de la mortalité proprement dit démarre 25 jours plus tard. Ce temps de latence s’explique parfaitement : il correspond à la période d’infection suivie de l’agonie du patient.

La quasi-simultanéité de la sortie du régime linéaire de croissance pour les trois pays du même hémisphère, mais situés à des latitudes différentes et dont les différences de réaction politiques et structurelles face à l’épidémie viennent d’être soulignées, ne peut conduire qu’à une seule conclusion quant à la cause commune de ce changement : un effet climatique correspondant à l’apparition du printemps

Dans cette hypothèse, il s’agirait plus de l’effet du changement des paramètres climatiques (donc de leurs gradients) que des valeurs des paramètres eux-mêmes. En termes de physique plus appropriés, l’effet saisonnier induirait donc pour l’épidémie du Covid-19 une transition de phase de deuxième ordre.

Par ailleurs, la figure 1 montre clairement que dans ces conditions favorables, les trois pays s’approchent de leur nombre maximum de décès dus au Covid-19 : l’épidémie diminue de façon très significative.

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Figure 1

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Figure 2

Perspectives et conclusion

Quelles peuvent être les conséquences de cet effet bénéfique du changement saisonnier sur l’apparition et les propriétés d’une éventuelle « seconde vague » ? A partir d’ici, il ne s’agit plus de faits avérés mais seulement d’hypothèses

On peut penser que les conditions du déconfinement actuel, en particulier en France, se rapprochent assez de ce que fut –et est encore—la « distanciation sociale » adoptée spontanément en Suède. Les mêmes causes produisant en principe les mêmes effets, une éventuelle renaissance de l’épidémie –déjà affaiblie, nous l’avons dit, par le changement de saison— devrait donc obéir avec de telles « mesures-à-la-suédoise » à une croissance de la mortalité de type linéaire plutôt qu’exponentielle comme l’illustrent clairement les figures 1 & 2 concernant la Suède.

Ce n’est bien sûr qu’une hypothèse, mais qui n’est ni plus ni moins crédible que celles, généralement pessimistes, générées dans le climat parfois anxiogène et « médicocratique » entretenu dans la population. Cette hypothèse d’une croissance linéaire plutôt qu’exponentielle de la mortalité lors d’une éventuelle « seconde vague » permet par contre de garder un peu d’espoir et d’optimisme et de miser plus sur la maturité et l’intelligence de la population que sur sa peur. En effet, si dans nos démocraties, le peuple est suffisamment mûr et intelligent pour élire ses dirigeants, ceux-ci doivent lui reconnaître les mêmes qualités quand il s’agit de respecter les « mesures barrières » indispensables pour freiner la propagation du virus. 

Et, partant, pour sauver sa peau…


1 Mail à Bruno Lina en date du 01/05/2020

 2 https://www.worldometers.info/coronavirus/#countries

 3 https://www.sortiraparis.com/actualites/a-paris/articles/212134-coronavirus-dans-le-monde