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L’amie ? La mie ? Comment notre cerveau différencie les homophones

Des psycholinguistiques du laboratoire Bases Corpus Langage d'Université Côte d'Azur et du Laboratoire de psychologie et de neurocognition d'Université Grenoble Alpes ont montré que deux mots qui se prononcent de la même manière mais qui n'ont pas le même sens (homophones) sont bien compris par notre cerveau grâce à la durée et à l'intonation de la première syllabe, même en l'absence de contexte.


Publication : 05/11/2019
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En français, il est courant que deux séquences langagières se prononcent de la même manière sans avoir le même sens, comme « l’ami » et « la mie ». Ces homophones sont compris sans ambiguïté dans un flux continu de parole, grâce au contexte (« l’ami de Pierre » ou « la mie de pain » par exemple), et de manière un peu moins évidente lorsqu’ils sont isolés (1).

De précédentes analyses acoustiques avaient montré de légères différences, notamment dans la durée et l’intonation de la première syllabe (« l’a » ou « la »). Mais ces indices n’ont pas de signification particulière en français, contrairement à d’autres langues comme l’anglais qui distingue les voyelles courtes et longues (2).

Sont-ils quand même utilisés par le cerveau ? La réponse est oui, d’après des psycholinguistes du laboratoire Bases, corpus, langage (CNRS/Université Côte d’Azur) et du Laboratoire de psychologie et de neurocognition (CNRS/Université Grenoble Alpes/Université Savoie Mont-Blanc) qui ont étudié 37 volontaires par électroencéphalogramme. Les scientifiques ont montré que, même sans contexte et même sans y faire attention (3), notre cerveau répond différemment à « l’ami » et à « la mie ». À travers une deuxième expérience, ils et elles ont confirmé que c’est bien la première syllabe qui permet cette distinction. Les locuteurs du français ne sont donc pas si « sourds » aux intonations que l’on croit. Les scientifiques se demandent à présent si une phrase reconstituée avec le mauvais homophone est susceptible de gêner la compréhension.

(1) Des personnes à qui on fait écouter ces homophones pris isolément les distinguent dans 70 % des cas : mieux que si elles devinaient au hasard, mais pas aussi bien que lorsqu’elles disposent du contexte.
(2) Par exemple “ship” (/i/ court, navire) et “sheep” (/i/ long, mouton).
(3) Les volontaires regardaient un film muet en même temps qu’ils entendaient les sons.

Bibliographie :
Processing of non-contrastive subphonemic features in French homophonous utterances: An MMN study, Noelia Do Carmo-Blanco, Michel Hoen, Stéphane Pota, Elsa Spinelli, Fanny Meunier, Journal of Neurolinguistics, novembre 2019. https://doi.org/10.1016/j.jneuroling.2019.05.001

Source : Communiqué du CNRS Contact presse

Contact chercheuse : Fanny Meunier - Chercheuse CNRS -