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Les vertus thérapeutiques du bon son

Université Côte d'Azur, le Centre Mémoire de Ressources et de Recherche et le CHU de Nice a organisé du 22 janvier au 2 février la première édition niçoise de la semaine du son de l'Unesco. Rencontre avec les organisateurs.


Publication : 22/01/2020
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Alors que le Dry January, défi du mois sans alcool, touche à sa fin, le public a pu se familiariser à l’oenologie du son le 1er février, à la maison des associations Garibaldi. Cet atelier, gratuit et ouvert à tous, s’inscrivait dans les opérations de préservation du patrimoine sonore promues lors de la semaine du son de l’Unesco, qui s'est déroulée du 22 janvier au 2 février. Car « à force de retravailler et de compresser le son, celui-ci perd de sa richesse et de sa qualité », explique le Dr Renaud David, psychiatre du CHU de Nice et responsable du Centre Mémoire de Ressources et de Recherche (CMRR). Il a coordonné cette année avec une équipe de médecins et de neuropsychologues du CHU la déclinaison niçoise de la semaine du son. « En concertation avec le président et créateur de la manifestation, Christian Hugonnet, nous avons voulu donner une spécificité santé à l’évènement à l’échelle locale », explique-t-il. 

« Il y a des enfants aujourd’hui qui n’entendront peut-être jamais un son naturel, pur, joué devant eux avec des instruments », souligne-t-il. Même les sons déclenchés en tirant sur la ficelle d’un jouet pour bébé sont compressés. Ceci a donc un impact sur le patrimoine sonore mais aussi sur la santé publique. « Ces sons présentent un effet de saturation. Quand on les écoute, il n’y a jamais de pause, l’oreille est stimulée en permanence et se fatigue plus vite », insiste le Dr David. Avec les sons compressés, on ne peut plus, non plus, « travailler » son oreille comme le ferait un musicien, autrement dit faire évoluer ses capacités cognitives.
Or, il semblerait que l’audition soit en jeu dans diverses pathologies. Par exemple, « la perte auditive majore de manière artificielle les troubles cognitifs rencontrés au CMRR », précise Renaud David. « En psychiatrie, on s’est aperçu que la musicothérapie pouvait aider les patients avec des états dépressifs et anxieux mais nous aimerions comprendre pourquoi et comment », poursuit sa collègue Julia Elbaum. « Mais en France, au regard par exemple de ce qui se passe au Canada ou aux Etats-Unis, on s’intéresse encore trop peu à la neuro cognition de la musique », souligne le Dr Nicolas Capet, neurologue et membre de l’équipe niçoise de la semaine du son. « À travers cet évènement puis en dehors, nous espérons donc fédérer des équipes de recherche d’Université Côte d’Azur, incluant notamment le Conservatoire de Musique, le CIRM ou bien l’ESRA », annonce Renaud David. Nicolas Capet lui, imagine volontiers un futur centre de recherche ciblé « cerveau et musique », à l’image du centre BRAMS à Montréal.

Sans encore atteindre cette envergure, des recherches ont néanmoins déjà cours au CMRR et dans les services du CHU. Le projet européen SENSE-Cog, initié en 2016, a par exemple permis d’expérimenter les effets d’un appareillage auditif chez les personnes atteintes de troubles cognitifs. L’EPHAD situé dans le bâtiment de l’Institut Claude Pompidou teste également les bénéfices sur l’anxiété ou le stress obtenus au moyen d’une bande sonore intégrée à la tête de lit. Le choix de la musique dépend alors de l’objectif visé. Les équipes cherchent par exemple à comparer les effets d’une musique relaxante et ceux d’un morceau faisant appel aux capacité attentionnelles des individus pour réduire l’anxiété suscitée par la perspective de la douleur avant une ponction lombaire. Au-delà des murs du CMRR, la qualité du sommeil, la prédisposition à développer un diabète, des troubles émotionnels, des problèmes cardio-vasculaires semblent désormais également corrélés à l’exposition de tout un chacun au bruit. L’équipe de la semaine du son espère ainsi, au travers des nombreuses conférences proposées au public, avoir une action de prévention. Et pour cela, il faut d’abord apprendre à qualifier un bon son. « C’est ce qu’entreprendra de transmettre le psychoacousticien Patrick Thevenot, qui développe avec l’oenologie du son une méthode d’analyse d’écoute. Il vous apprend à quantifier et à qualifier le son qui vous arrive avec un vocabulaire assez spécifique », promet Nelly Darmon, neuropsychologue.