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NissActive cueille des lauriers

Déjà trois prix pour la start’up niçoise, spécialisée dans la recherche de principes actifs innovants extraits des plantes méditerranéennes et destinés au marché de la cosmétique.


Publication : 11/06/2018
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Non, les scientifiques n’ont toujours pas fini d’inventorier les vertus de la flore méditerranéenne. Les paysages éponymes ont eu beau commencer de se dessiner à la fin de la dernière période glaciaire, pour ensuite s’immiscer dans l’histoire de l’antiquité et se diversifier plus tard, avec les premières importations, il y a de cela une dizaine de siècles, rien n’y fait. Des chercheurs continuent de découvrir de nouveaux principes actifs contenus dans les plantes. « À l’exception peut-être des espèces les plus connues, comme l’olivier par exemple, on ne peut pas vraiment avoir idée du nombre de molécules intéressantes qui reste à découvrir. Tout dépend de ce qu’on cherche, du mode d’extraction et de la plante », explique Hortense Plainfossé, doctorante en deuxième année de thèse à l’Institut de Chimie de Nice et directrice scientifique de NissActive. La start-up, adossée à Université Côté d’Azur (UCA), développe, à partir de la biodiversité locale, des principes actifs naturels et innovants, destinés au marché de la cosmétique. 

Une initiative régulièrement saluée, puisque Hortense Plainfossé a déjà remporté trois prix à l’issue de cinq participations à des concours : le 1er prix du concours Création d’Entreprise et Insertion Professionnelle de la fondation UCA, le 2ème prix du concours Oui à l’industrie et, au mois d’avril dernier, le 2ème prix du Golden Trophy. Elle bénéficie également du soutien de Grégory Verger-Dubois, président du conseil d’administration des Laboratoires Jyta et PDG de NissActive. Non contents d’avoir des parts de capital dans NissActive, les Laboratoires Jyta financent également la thèse d’Hortense Plainfossé, débutée en novembre 2016. Forte de ces succès, la doctorante a pu recruter une première chercheuse salariée, chargée de projets R&D, Pauline Burger. Ensemble, elles partagent leur temps entre le siège social de NissActive et les équipements de pointe situés majoritairement à Nice (ICN) mais aussi à Grasse (locaux du Master Foqual). 

Après l’obtention d’un diplôme d’ingénieur et d’un Master recherche à Toulouse, Hortense Plainfossé a développé des ingrédients à l’échelle industrielle pour la première fois chez les Suisses de PhytoArk. « Ceci m’a beaucoup plu, c’est pour ça que j’ai choisi de faire cette thèse sur la recherche et le développement d’actifs naturels innovants à partir de produits d’origine méditerranéenne pour la réparation cutanée. Au début, avec les laboratoires JYTA, nous pensions à valoriser mes résultats par des dépôts de brevets et la commercialisation de licences mais, souhaitant m’investir d’avantage, je leur ai proposé de créer NissActive », insiste-t-elle. « Le groupe Métabolome et Valorisation de la Biodiversité Végétale (MVBV) de l’ICN a constitué, depuis une dizaine d’années, une extractothèque (une banque d’extraits naturels). J’ai recherché, à l’intérieur, des extraits présentant des propriétés cosmétiques intéressantes, et obtenus à partir de plantes aisément disponibles dans la nature et peu étudiées jusqu’à présent En gros, je suis partie de 80 plantes pour en sélectionner entre douze et quinze et finalement focaliser mes analyses sur trois d’entre-elles pour le moment », poursuit la doctorante. L’une d’elles fait l’objet d’un dépôt de brevet et les deux autres ont donné lieu à des publications scientifiques. « Ne pas breveter systématiquement permet aussi de passer plus vite à la commercialisation… », avoue la directrice scientifique de NissActive. 

Comme, désormais, il ne s’agit plus d’un secret, elle confie l’identité d’un de ses « protégés »: le chêne truffier. « L’ingrédient que nous avons développé est vraiment innovant et, cela compte aussi pour nous, les parties aériennes (branches et feuilles) de chêne truffier, taillées deux fois par an, se trouvent être des co-produits de la trufficulture, habituellement non-valorisés. Autrement dit, elles sont traditionnellement considérées comme un déchet de l’agriculture. Nous sommes donc fières de l’introduire dans un circuit d’économie circulaire », se réjouit Hortense Plainfossé. Grâce à un partenariat avec l’équipe Molécules Bioactives de l’ICN, Hortense a réalisé sur la plante différents tests d’activité biologique et a identifié les propriétés anti-âge du chêne truffier. Autrement dit, les chercheurs ont déterminé le pouvoir d’inhibition de l’extrait sur des enzymes comme la collagénase et l’élastase, très impliquées dans l’aspect de la peau. Ensuite, il a fallu optimiser le processus d’extraction, afin d’augmenter la teneur en actifs anti-âge. « Cette phase peut s’avérer complexe puisqu’il faut tenir compte des contraintes de transposition à l’échelle industrielle et de formulabilité de l’ingrédient pour son intégration dans les produits cosmétiques», explique la doctorante. 

« La commercialisation d’un ingrédient formulable par les professionnels de la cosmétique aura donc nécessité, en tout, près de deux ans d’études successives », confirme Pauline Burger. Même si les Laboratoires Jyta n’ont pas de contrat d’exclusivité, leur position dans l’entreprise leurs confère l’avantage de suivre les découvertes de NissActive en avant-première. Quand Hortense Plainfossé leur a parlé de son nouvel  actif extrait du chêne truffier, ils ont ainsi souhaité réaliser la première formulation. Ils concevront donc une gamme de cosmétiques centrée sur le produit. Les tests assurant l’innocuité sont, eux, réalisés in vitro sur des lignées cellulaires, par des prestataires externes. Face aux leaders du marché de la biotechnologie végétale, NissActive entend se démarquer par son partenariat avec Université Côte d’Azur : « Nous avons accès à des technologies qui nous permettent de développer des ingrédients naturels innovants et très concentrés de façon écologique  ».