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Une ville intelligente pour anticiper, se rêver et se relever

La transformation des villes, avec l’explosion des découvertes techniques ces 50 dernières années, rend-t-elle paradoxalement les populations plus vulnérables aux traumatismes ? Dans l’affirmative, comment devrions-nous penser la « ville intelligente » pour y remédier ? À travers ces interrogations, le neuro-psychiatre Boris Cyrulnik, invité de l’IMREDD dans le cadre de la Chaire : « Smart City et Éthique » le 10 décembre dernier, étend la question de la résilience, concept qu’il a largement contribué à médiatiser, à la construction des « smart cities ».


Publication : 16/12/2018
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Le concept de résilience traduit la capacité du vivant à dépasser un état où tout se fige, suite à un traumatisme. Qu’il s’agisse d’une terre, d’un individu ou d’une société par exemple, la résilience consiste ainsi à trouver les conditions favorables à un nouveau mode de développement, car celui-ci sera nécessairement distinct de ce qu’il était avant. Après un attentat, une catastrophe naturelle, lors d’une transition agricole ou dans un contexte de révolution technologique, la question de savoir si une ville porte en elle les conditions suffisantes pour résister au choc et se réinventer peut donc se poser. Qui plus est, les citoyens, soumis de plus en plus à « des conditions de vie adverses génératrices de traumatismes chroniques », devraient pouvoir puiser dans leur environnement de quoi se relever. Pour le neuro-psychiatre Boris Cyrulnik, l’urbanisation, à ce titre, n’est pas étrangère à la résilience. 

Il insiste sur une série de « facteurs de vulnérabilité »aux traumatismes, dont l’isolement sensoriel et affectif, dont nos cités sont fortement génératrices et qui serait aussi redoutable que la maladie ou les tragédies familiales. De fait, les sociétés occidentales, à l’exception de l’Europe du Nord, seraient devenues les plus vulnérables au monde . Or, les traumatismes laissent leur empreinte sur le cerveau. Ceux-ci se traduisent notamment par une atrophie des lobes pré-frontaux, c’est-à-dire des zones que nous utilisons « pour anticiper, prévoir, se rêver, aller chercher dans le passé de quoi élaborer une représentation théâtrale de moi et l’adresser à un autre », insiste Boris Cyrulnik. 

Selon lui, les mêmes modifications cognitives seraient visibles en l’absence de stimulations par le milieu de vie ou quand il manque des personnes « tutrices »autour desquelles se sécuriser. Néanmoins, souligne-t-il, « politiquement, socialement, nous pouvons agir sur le milieu »« Et si nous avons un degré de liberté, nous avons un degré de responsabilité », estime le neuro-psychiatre. Il invite ainsi à re-penser par exemple le système éducatif : ralentir le « sprint »scolaire, favoriser, au moyen d’emplois dans la petite enfance, la sécurisation des enfants par les parents. En Europe du Nord, ces réformes se seraient traduites par « une baisse chez les adolescents de l’illettrisme, du suicide et des psychopathies »

Plus largement, les « villes nouvelles »devraient s’interroger sur « leurs cloisonnements en zones de souffrance, de travail, d’éducation, de culture etc. ». Car « une fois qu’un pays est vulnérabilisé, n’importe quel incident peut déclencher une déflagration »