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Jean-Marc Gambaudo: "Le 3IA Côte d’Azur change de direction mais il ne change pas de cap !"


Jean-Marc Gambaudo: "Le 3IA Côte d’Azur change de direction mais il ne change pas de cap !"


Publication : 09/03/2020
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Chères amies, chers amis,

Comme vous le savez, à la suite du départ de David Simplot, et à la demande du PDG d’Inria et du Président d’Université Côte d’Azur, je reprends la direction du 3IA Côte d’Azur.

Mes premiers mots dans cette nouvelle fonction sont pour remercier David. Je suis bien placé pour pouvoir attester du travail, du dynamisme, et du talent qu’il a mis dans cette belle aventure. Je lui apporte tout mon soutien pour les nouveaux challenges qui l’attendent.  J’en profite aussi pour remercier toute l’équipe scientifique, technique et administrative qui a travaillé autour de David à la construction du 3IA Côte d’Azur. Cette équipe a évidemment toute ma confiance et pour bien la connaître, je compte sur elle pour affronter les défis à venir.

Dans les jours qui viennent, je m’adresserai plus individuellement à chacun des éléments qui constituent d’une façon ou d’une autre le 3IA Côte d’Azur (bureau, copil, codir, entreprises (petites et grandes), conseil scientifique, chaires, formations, doctorants, post-doctorants, membres du consortium, copil élargi etc…) afin de mieux définir ensemble notre façon de travailler.  Sans entrer ici dans ce modus vivendi, je précise par souci d’ubiquité que je serai présent avec une petite équipe sur Sophia au moins tous les jeudi, toute la journée, pour réfléchir avec chacun d’entre vous aux développements de nos actions, les autres rencontres pouvant évidemment se faire sur le site niçois à votre convenance.

Par ailleurs, je profite de cette tribune pour vous donner mon point de vue sur le 3IA Côte d’Azur, ce qu’on est en droit d’en attendre, ce qu’il faut en espérer.  Le 3IA Côte d’Azur ne doit pas être perçu par nos collègues comme une manne financière que nous avons acquise et dont nous disposons à notre convenance, et ce changement de direction, qui n’est pas une rupture, est l’occasion de réaffirmer les objectifs du 3IA Côte d’Azur, il est vraiment important que nous les partagions tous.  Ces objectifs s’inscrivent dans une double perspective :

  • La perspective de la vision européenne et nationale de l’IA ("rapport Villani", "livre blanc Breton"). 

Sans entrer dans la vulgarisation scientifique, nous savons tous que l’impact des méthodes algorithmiques et de simulation basées sur l’analyse de données massives est en train de bouleverser de façon irréversible et à l’échelle mondiale tous les pans de notre société. Les grands domaines scientifiques (biologie, astrophysique, sciences humaines et sociales …), les grands enjeux sociétaux (santé, éducation, transports…), les grands secteurs économiques (commerce international, nouvelles technologies, économie de la connaissance…), tous sont touchés par ces progrès spectaculaires.  Une vision et une approche européenne sur ces sujets sont nécessaires, la France doit y contribuer et c’est dans cette esprit qu’a été conçu le « rapport Villani ».  Les Instituts Interdisciplinaires d’Intelligence Artificielle (3IA) sont une des réponses que propose ce rapport : ils « devront offrir à l’ensemble de la chaîne allant de la recherche à l’innovation des lieux de rencontres propices aux collaborations fructueuses et à la diffusion des savoirs liés à l’IA, permettant à une fraction significative des acteurs concernés et motivés (chercheurs, étudiants, entrepreneurs) un accès direct aux recherches de pointe ».   Ces objectifs des 3IA étant définis d’une façon qui, même si elle reste trop académique voire incantatoire, permet de définir un cap, il convient, et c’est l’autre facette de la perspective, de définir plus spécifiquement l’outil 3IA Côte d’Azur par-delà les grands axes thématiques (Santé et Territoires intelligents) qui lui sont attribués.

  • La perspective de la transformation globale de l’Enseignement Supérieur (ESR) et la recherche sur la Côte d’Azur

Cette transformation, portée par Université Côte d’Azur et ses partenaires (Organismes de recherche et Ecoles), a pour but de construire, et c’est sa spécificité, un partenariat nouveau avec les acteurs du monde socio-économique et les collectivités locales. Nous avons fait, lors de notre sélection à l’initiative d’excellence UCA JEDI, en 2016 ,  le pari de la création d’une grande université de recherche, un moteur de son environnement socio-économique et plus généralement de son territoire, dans une approche qui brise les barrières classiques séparant recherche, formation et innovation, les barrières entre disciplines scientifiques, les barrières entre science et administration, les barrières entre institutions différentes. Dans le cadre de l’intelligence artificielle et plus généralement des sciences du numérique, le 3IA Côte d’Azur doit être un outil au service de cette politique de site de l’ESR et qui fonctionne dans cet état d’esprit. Le 3IA Côte d’Azur n’est donc pas un objet isolé mais au contraire un institut au centre d’un réseau très connecté d’acteurs et d’actions à construire.

Audace et originalité

Toute transformation se heurte à des contraintes de tous ordres :  scientifique, administrative, institutionnelle… pire la formulation d’une transformation engendre elle-même les contraintes.  Le 3IA Côte d’Azur, comme tous les outils que nous mettons en place depuis 2016, n’échappe pas à cette réalité. Pour être un peu plus explicite (et donc moins politiquement correct), penser que de définir un 3IA par un ensemble de chaires données à de grands spécialistes du numérique en espérant que s’installe un « ruissellement à la Auguste Comte » du savant du numérique vers l’ingénieur de l’entreprise ou le collègue d’une autre discipline, est, on le sait tous, une idée dépassée quel que soit le talent de nos meilleurs chercheurs.   De nos jours, dans les grands centres scientifiques, il se passe quelques jours entre l’idée, sa diffusion à travers les divers domaines scientifiques, l’innovation qui vient avec son modèle économique, et les impacts sociétaux qui eux sont immédiats. Le 3IA Côte d’Azur doit tenir compte de cette réalité et, avec audace et originalité, inventer avec son environnement et ses partenaires, la palette d’outils qui lui permette la plus grande agilité. Une véritable interdisciplinarité et une véritable connexion avec les entreprises ne peuvent être acquises que par une volonté qui transgresse tous les blocages classiques.  Cette agilité, le 3IA Côte d’Azur doit l’acquérir en utilisant non seulement tous les leviers que lui permet l’ESR (et en particulier l’Idex UCA JEDI) mais aussi tous ceux que lui offre son écosystème.

Un écosystème exceptionnel

C’est là notre chance ! Le 3IA n’est pas qu’un petit groupe de chercheurs ayant mission de sauver l’Europe et sa politique en matière d’intelligence artificielle, au contraire c’est un outil au sein d’une machine bien plus grande avec laquelle il se coordonne :

- Une université qui avec ses partenaires  porte un Idex et construit autour du 3IA Côte d’Azur, un environnement recherche qui irrigue les recherches du 3IA, des formations qui soutiennent le besoin impératif d’augmenter les connaissances en IA de nos étudiants, une fondation et son réseau d’entreprises partenaires qui met en valeur nos réalisations, des instituts d’innovation et de partenariats dont l’Imredd qui est un portail riche en données, une maison de la modélisation de la simulation et des interactions qui produit des plateformes d’ingénieurs travaillant sur les  données ; 

- Des organismes de recherche qui co-construisent le 3IA Côte d’azur comme il co-construisent avec UCA la politique de site, notamment le centre Inria et ses forces vives pour le développement technologique ;  

- Des entreprises qui ont su s’auto-organiser (ICAIR, Cluster IA) pour partager besoins et actions autour des thématiques IA et qui sont autant d’interlocuteurs quotidiens, bien au-delà des thématiques du IA;

- Des collectivités locales très impliquées dans le développement économique avec notamment la métropole Nice Côte d’Azur (NCA) et sa visibilité internationale dans le domaine de la ville intelligente (OIN Plaine du Var), la Communauté d’Agglomération de Sophia Antipolis (CASA) siège du plus grand Technoparc européen, le département des Alpes Maritimes (CD06) et son action en profondeur sur le numérique (smart deal), Grasse et Cannes et leurs dynamiques universitaires ;

- Une politique régionale qui soutient la dynamique autour de l’IA, tout particulièrement lorsqu’elle est porteuse d’innovation  ; 

- Un ancrage européen (thématique IA prioritaire dans notre projet de réseau d’universités européennes UlysseUS), et international (partenariat privilégié avec l’Université Laval et le Chili (UCA-CNRS-Inria).

 

Une preuve du dynamisme et de la mise en cohérence de cet écosystème est illustrée par la création de nouveaux objets reliées à l’IA et au numérique co-construits par ces différents acteurs :

- La Maison de l’Intelligence artificielle « MIA » (CD06-CASA-CCI-UCA) qui permet de diffuser au grand public ainsi qu’à des publics plus spécialisés, les avancées de nos entreprises et de nos chercheurs, les impacts à attendre sur notre vie de tous les jours ;

- Adossé à cette MIA, l’Observatoire sur les impacts économiques et sociétaux de l’Intelligence Artificielle (OTESIA), qui mènera sur notre territoire et éventuellement au-delà des enquêtes dans les domaines aussi divers que l’éducation, la santé, le travail…

- Un Institut EuropIA dont l’objectif est de construire de l’événementiel grand public autour de l’IA sur la Côte d’Azur et de produire des documents et enquêtes à vocation européenne….

- La création d’un label 3IA Côte d’Azur attribué aux initiatives pertinentes dans le domaine de l’IA sur notre site ;

- La création d’une Deep learning school (summer school) qui commence à atteindre son régime de croisière;

- Le SophIA Summit, évènement international co-organisé par l’université et la CASA en lien avec tous les acteurs du territoire concernés (Pôle SCS, Telecom Valley, Sophia Club Entreprises, Département des Alpes-Maritimes) qui rassemble chaque année chercheurs spécialistes de l’IA, entreprises, partenaires économiques, étudiants et grand public;

-  Des projets de formation initiale et continue de tous niveaux disciplinaires ou transdisciplinaires sur des thématiques d'avenir.

- (…)

Une très belle dynamique se met en place sur le territoire azuréen, le 3IA doit en être le moteur essentiel, un moteur qui sait tirer parti de tous les acteurs du territoire pour trouver son efficacité maximale.   Une réelle attractivité dans le domaine de l’IA du numérique de ses applications est possible sur la Côte d’Azur : attractivité des chercheurs et des étudiants internationaux, des meilleurs ingénieurs dans les entreprises, des entreprises elles-mêmes.

Cela demande simplement un peu d’intelligence collective…. Une sorte de 3IAC : Institut Interdisciplinaire d’Intelligence Artificielle et Collective !   :-)

Jean-Marc Gambaudo