Interview d’alumni #24 : Cécile Luciano, Directrice en financement de projets chez Nord / LBB
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le 2 juin 2026
De Nice à Londres, en passant par Singapour, Cécile Luciano a construit un parcours international guidé par sa passion des mathématiques, sa persévérance et son envie d’avoir un impact concret à travers le financement de projets d’énergies renouvelables. Entre souvenirs d’étudiante, conseils de carrière et engagement pour les jeunes femmes dans les sciences, découvrez son parcours.
Pouvez-vous vous présenter et nous parler de votre parcours universitaire ?
Je m’appelle Cécile Luciano, j’ai 33 ans et je suis directrice au sein de l’équipe d’origination en financement de projets chez Nord / LB, une banque allemande. Je suis basée à Londres.
Mon parcours universitaire a commencé en septembre 2011. J’ai effectué une licence de mathématiques, puis un master en ingénierie mathématique.
Comment s’est fait le choix de l’université ?
J’ai un parcours assez atypique. Je suis née en Malaisie d’un père français niçois et d’une mère philippine, mais j’ai grandi en Italie, où j’ai effectué toute ma scolarité jusqu’au baccalauréat.
Au moment de choisir mes études supérieures, j’avais envie de revenir à Nice pour me reconnecter à mes racines françaises.
En regardant les possibilités dans la région, l’Université Côte d’Azur s’est rapidement imposée comme mon premier choix. J’ai toujours été passionnée par les mathématiques et je trouvais que les classes préparatoires restaient dans un cadre très scolaire, proche du lycée. J’avais envie de davantage de liberté et d’une vraie vie étudiante.
Avez-vous un souvenir marquant de ces années d’études ?
Les cinq années passées à la fac ont été parmi les plus belles de ma vie.
Je me souviens du premier jour : nous étions environ 400 en amphithéâtre. Le lendemain, lors d’une visite de la bibliothèque universitaire, nous n’étions plus que cinq, dont quatre filles. Ces quatre filles sont devenues mes meilleures amies.
Nous avons traversé toutes nos années d’études ensemble. Cela fait maintenant dix ans que nous sommes amies. Nous avons ri, pleuré, révisé ensemble, puis partagé les grands moments de nos vies : mariages, baptêmes, etc.
Je garde aussi un souvenir très marquant de mon Master 2. Nous n’étions plus que cinq étudiants et nous devions réaliser un mémoire à trois. Je me rappelle avoir passé des heures dans le bureau d’un professeur, bloqués sur une équation sans réussir à avancer.
C’est assez représentatif des études de mathématiques : parfois tout avance très vite, parfois on reste bloqué longtemps. Mais cela apprend la patience et la persévérance.
Comment vos études vous ont-elles préparée au travail que vous faites aujourd’hui ?
Je travaille dans l’équipe d’origination en financement de projets. Mon rôle consiste à accompagner des clients portant des projets d’énergie renouvelable en Europe.
J’ai commencé à Singapour sur les marchés d’Asie du Sud-Est et d’Asie-Pacifique avant de me tourner vers le marché européen.
Aujourd’hui, mon travail consiste principalement à trouver des solutions de financement adaptées à ces projets.
Je n’utilise pas directement les mathématiques telles que je les ai étudiées à l’université, mais les études de maths m’ont apporté quelque chose d’essentiel : la rigueur, la logique et la capacité à résoudre des problèmes complexes.
Nos clients ont souvent des demandes très spécifiques et les solutions ne sont pas toujours évidentes. Les mathématiques m’ont appris à analyser les situations et à construire des réponses structurées.
Aujourd'hui, quel est votre quotidien ?
Je n’ai pas vraiment de journée type.
Mon métier implique beaucoup de déplacements professionnels. Par exemple, je serai à Milan la semaine prochaine puis en Allemagne deux semaines plus tard.
Certaines périodes sont particulièrement intenses, notamment avant la fin d’année ou avant les vacances d’été, lorsqu’il faut finaliser certains projets. Les journées commencent alors très tôt et se terminent très tard, avec beaucoup de négociations avec les clients et les avocats autour des contrats financiers.
À d’autres moments, le rythme est plus calme : je rencontre des clients, participe à des conférences, présente nos solutions de financement et travaille sur des offres adaptées aux projets.
Chaque sponsor, chaque projet et chaque marché étant différent, aucune journée ne se ressemble. C’est ce qui rend ce métier passionnant.
Avez-vous un conseil pour les jeunes diplômés ?
Le premier conseil serait de poser des questions.
Quand on est stagiaire ou jeune diplômé, on a souvent peur de paraître incompétent ou de déranger. Pourtant, aucune question n’est inutile. C’est en posant des questions que l’on apprend et que l’on progresse.
Le deuxième conseil : ne jamais rien lâcher.
À la sortie de la fac, on envoie beaucoup de candidatures et l’on essuie parfois des refus. Il ne faut pas abandonner. Cela vaut pendant les études, lors de la recherche du premier emploi et plus largement tout au long de la vie professionnelle.
Cela fait maintenant dix ans que je travaille, et dix ans que je ne lâche rien.
Vous n'en seriez pas arriver là si...
Oui, clairement : le soutien des proches.
Quand je suis arrivée à Nice, je ne connaissais personne. Je me suis construit un groupe d’amis qui m’a soutenue tout au long de mes années universitaires.
Parfois, on hésite à rêver grand. Moi, je voulais absolument effectuer mon stage de fin d’études à Singapour. Cela semblait loin, compliqué et coûteux.
Le soutien de ma famille a été essentiel. Ils m’ont encouragée et aidée à trouver des solutions, notamment grâce à des bourses d’études.
Les échanges avec d’anciens étudiants ont également beaucoup compté. Un ancien étudiant de Master 2 m’a énormément guidée lorsque j’étais en licence.
Quelle phrase vous a fait gagner du temps dans votre carrière ?
Une phrase que mon ancien manager à Singapour m’a dite pendant ma deuxième semaine de stage :
« Personne n’est irremplaçable. »
Cette phrase m’a beaucoup marquée.
On a souvent tendance à vouloir devenir indispensable. Pourtant, lorsqu’on quitte une entreprise, elle continue d’avancer.
Comprendre cela permet de prendre du recul, de vivre plus sereinement et de se rappeler que l’on a aussi le droit d’avoir une vie personnelle. Le succès se construit progressivement, dans différentes entreprises et dans différents contextes.
Qu’est-ce qui vous donne envie de vous lever le matin ?
Deux choses.
La première, c’est le sentiment de contribuer à améliorer la planète en finançant des projets d’énergie renouvelable.
J’ai notamment travaillé sur un projet dans un petit village italien où un parc éolien a permis de créer une centaine d’emplois. Voir un impact économique et environnemental concret est extrêmement motivant.
La seconde, c’est la possibilité d’aider les jeunes filles.
Si je peux inspirer ne serait-ce qu’une jeune fille à faire des études de mathématiques, un master en ingénierie mathématique ou à travailler dans la finance, alors cela donne du sens à ce que je fais.
Quelle est votre plus grande leçon professionnelle ?
Avoir pris conscience de l’importance du travail d’équipe.
Il est essentiel de trouver un environnement motivant, entouré de personnes qui nous poussent vers le haut.
Cela fait dix ans que je travaille dans la même entreprise, entre Singapour et Londres, parce que j’y ai trouvé une équipe avec un objectif commun.
On apprend énormément des personnes plus expérimentées. Quand j’ai commencé, j’étais stagiaire et je ne connaissais rien. Aujourd’hui, c’est moi qui accompagne les jeunes stagiaires.
Pour moi, il est essentiel d’évoluer dans une équipe bienveillante, capable d’aider et de transmettre.
Avez-vous une devise ?
Ne jamais rien lâcher.
Aujourd’hui, à 33 ans, je suis directrice en financement de projets. Je suis relativement jeune pour ce poste et j’évolue dans un environnement majoritairement masculin.
Il faut parfois se battre davantage pour trouver sa place.
J’ai aussi à cœur d’encourager les jeunes filles à poursuivre des études scientifiques et à travailler dans des domaines dans lesquels elles ne se sentent pas toujours légitimes.
Nous sommes en 2026 : tout est possible. Être une femme ne doit jamais être un frein pour travailler dans la finance ou l’ingénierie.