Interview d’alumni #26 : David Darmon, Médecin généraliste et Professeur en médecine générale à l'UFR Médecine Université Côte d'Azur
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le 22 octobre 2026
Médecin généraliste, professeur des universités et vice-président en charge de la politique de santé d’Université Côte d’Azur, David Darmon partage son quotidien entre soins, enseignement et recherche. De ses premiers engagements étudiants à ses responsabilités actuelles, il revient sur les rencontres qui l’ont marqué, ses convictions et sa volonté de faire évoluer la médecine au service des patients. Découvrez son parcours.
Pouvez-vous vous présenter et nous parler de votre parcours universitaire ?
Je m'appelle David Darmon. Je suis médecin généraliste, professeur des universités à l'UFR Médecine d’Université Côte d'Azur et professeur de médecine générale.
Mon parcours est profondément ancré à Nice. J'y ai effectué l'ensemble de mes études de médecine, jusqu'au début de mon internat, avant de réaliser un Master 2 à l'université de Nijmegen, aux Pays-Bas.
De retour en France, j'ai obtenu mon doctorat d'État en médecine, puis intégré l'un des premiers postes de chef de clinique en médecine générale créés en France, au moment où la filière universitaire se structurait. En parallèle, j'ai préparé une thèse de sciences à l'Université Lyon 1, où j'ai obtenu en 2019 un doctorat en santé publique, épidémiologie et services de santé. Ce parcours m'a ensuite conduit aux fonctions de maître de conférences, puis de professeur des universités.
En parallèle de mon activité universitaire, j'exerce comme médecin généraliste. Après trois années passées à Bagnols-en-Forêt, dans le Var, je travaille aujourd'hui au sein d'un pôle de santé universitaire à Roquefort-les-Pins, qui réunit une vingtaine de professionnels. Nous y avons développé une organisation de soins permettant d'assurer le suivi des patients tout en répondant aux besoins de soins non programmés.
Pourquoi avoir choisi de faire vos études de médecine à Nice ?
Lorsque j'ai commencé mes études, Université Côte d'Azur s'appelait encore l'Université Nice Sophia Antipolis.
Après ma scolarité au lycée Masséna, j'ai longtemps hésité entre une classe préparatoire et des études de médecine. J'ai d'abord choisi la prépa, avant de réaliser que j'avais besoin d'exercer un métier porteur de sens. C'est ce qui m'a conduit vers la médecine.
J'aurais pu partir étudier ailleurs, mais la première année est particulièrement exigeante. Pouvoir compter sur le soutien de sa famille, tant sur le plan logistique que moral, a été déterminant dans mon choix de rester à Nice.
Je souhaitais néanmoins m'ouvrir à d'autres horizons. C'est ce qui m'a conduit, quelques années plus tard, aux Pays-Bas.
Avec le recul, je dirais que mon choix s'est construit autour de trois éléments : le soutien familial, un environnement que je connaissais bien et la qualité de l'université, qui bénéficiait déjà d'une excellente réputation.
Avez-vous un souvenir ou une anecdote marquante de vos années à l'université ?
Plus qu'une anecdote, je retiens avant tout mon engagement dans la vie étudiante. Pendant plusieurs années, j'ai été responsable du Bureau des étudiants, puis j'ai exercé des responsabilités nationales auprès des internes de médecine générale.
Cette expérience a été extrêmement enrichissante. Elle m'a permis de construire des amitiés solides et de partager de nombreux projets avec d'autres étudiants.
Je garde également le souvenir de rencontres marquantes avec des enseignants qui m'ont inspiré et ont renforcé mon envie de devenir médecin.
Au fond, ce sont surtout les relations humaines qui ont marqué mon parcours : les amitiés nouées au fil des années et les professeurs qui ont su transmettre leur passion. C'est ce qui reste, bien plus qu'un souvenir précis.
En quoi vos études vous ont-elles préparé à votre vie professionnelle ?
Les études de médecine sont longues et exigeantes. Elles donnent parfois l'impression d'entrer plus tard dans la vie active que les autres étudiants. En revanche, elles nous plongent très tôt dans la réalité du terrain, à l'hôpital comme en cabinet, au contact direct des patients.
Le cursus demande d'acquérir une quantité importante de connaissances tout en étant évalué en permanence. Cette exigence peut parfois laisser moins de place à une réflexion essentielle : quel médecin souhaite-t-on devenir ?
Les études apportent des bases solides, aussi bien sur le plan scientifique que pratique. Elles permettent également de construire son réseau professionnel. Les médecins qui vous forment et vous accueillent en stage deviennent souvent vos futurs collègues. Les relations de confiance qui se créent pendant cette période sont déterminantes pour la suite d'une carrière.
Pour ma part, j'ai compris assez tôt le type de médecin que je voulais être. Après une classe préparatoire en mathématiques et physique, je me destinais à une carrière scientifique. Mes parents étant médecins, je pensais d'ailleurs suivre une autre voie. Mais je ne retrouvais pas, dans les écoles d'ingénieurs, le sens que je recherchais.
C'est ce qui m'a conduit vers la médecine. Très vite, j'ai compris que je ne voulais pas être un simple technicien, mais un médecin capable d'allier l'exigence scientifique à la relation humaine. Comprendre les attentes des patients, les accompagner et leur offrir la meilleure prise en charge possible restent aujourd'hui les principes qui guident ma pratique.
Quel conseil aimeriez-vous transmettre aux étudiants d'aujourd'hui ?
Au-delà des connaissances et des concours, je pense que les étudiants devraient prendre le temps de réfléchir au sens de leur futur métier. Pendant mes études, personne ne m'a vraiment demandé quel médecin je souhaitais devenir. Pourtant, c'est une question essentielle.
Un futur médecin devrait d'abord se demander ce que les patients sont en droit d'attendre de lui. Le médecin généraliste est le premier point d'entrée dans le système de santé : il dépiste, diagnostique, oriente et accompagne ses patients tout au long de leur parcours de soins.
Je leur dirais également de toujours garder un objectif en tête : offrir à leurs patients les meilleures chances possibles. Cela exige des connaissances solides, de la rigueur, la capacité à repérer les situations à risque et une remise en question permanente.
Les études ne sont qu'un point de départ. Pour répondre aux attentes des patients et aux enjeux de santé, un médecin doit continuer à apprendre tout au long de sa carrière.
À quoi ressemble votre quotidien aujourd'hui ?
Mon quotidien se partage entre plusieurs activités complémentaires. Je suis professeur des universités et directeur du Département d'enseignement et de recherche en médecine générale de l'Université Côte d'Azur, où je pilote la formation des étudiants de deuxième et troisième cycle ainsi que celle des maîtres de stage qui les accueillent en cabinet.
J'exerce également une activité de recherche au sein du laboratoire RETINES, consacrée à la santé publique et aux pratiques professionnelles en soins primaires. En parallèle, en tant que vice-président en charge de la politique de santé de l'université, je dirige médicalement le Service de santé universitaire, qui accompagne les étudiants et les personnels à travers des actions de prévention et des consultations.
Je participe aussi à l'université européenne Ulysseus, où je pilote un Living Lab dédié à l'innovation en santé.
Enfin, je continue d'exercer comme médecin généraliste et maître de stage à Roquefort-les-Pins.
Cette double activité entre l'université et le cabinet est essentielle à mes yeux. Elle me permet d'enseigner une médecine ancrée dans la réalité du terrain, tout en gardant une vision globale des enjeux de formation, de recherche et de santé publique.
Votre département s'appuie sur une véritable philosophie de formation. Pouvez-vous nous en parler ?
Au sein du Département de médecine générale, notre action repose sur trois piliers : l'enseignement, la recherche et la responsabilité populationnelle en santé. Notre ambition est de former des médecins en phase avec les besoins du territoire et de contribuer, à travers l'université, à améliorer la santé de la population.
Pour y parvenir, nous nous appuyons sur trois axes majeurs. Le premier est la formation pluriprofessionnelle, indispensable face à des parcours de soins de plus en plus complexes. Le deuxième concerne les technologies en santé et l'intelligence artificielle, que nous voulons intégrer de manière pertinente, sécurisée et toujours au service des patients.
Le troisième axe, auquel je suis particulièrement attaché, est le partenariat avec les patients. Les personnes vivant avec une maladie chronique possèdent une expérience précieuse qui enrichit la formation, la recherche et les pratiques de soins. C'est pourquoi nous les associons pleinement à nos projets.
Nous travaillons également en étroite collaboration avec les institutions, notamment l'Agence régionale de santé, le Département et la Région, afin de former les étudiants au plus près des besoins des territoires et de contribuer à une meilleure répartition des professionnels de santé.
À titre personnel, je n'ai pas vraiment de devise. J'essaie simplement de faire mon travail du mieux possible et de rester en accord avec mes convictions. Pouvoir se regarder dans la glace en sachant que l'on a agi avec cohérence est sans doute ce qui compte le plus.
Vous n'en seriez pas arrivé là si… ?
Je me suis autorisé à croire que certaines choses étaient possibles. Beaucoup de personnes renoncent à leurs projets parce qu'elles s'imposent elles-mêmes des barrières. Pourtant, je n'étais pas forcément le meilleur étudiant. J'ai simplement découvert, au fil du temps, d'autres qualités et appris qu'il fallait oser poursuivre ce qui nous passionne.
Il faut aussi accepter que chaque projet ait son propre rythme. L'un de ceux auxquels je tiens le plus a vu le jour il y a quinze ans, à une époque où le contexte n'était pas favorable. Nous avons continué à y croire, et il est aujourd'hui devenu le plus grand projet national de recueil de données en médecine de ville, soutenu par l'État. Cette expérience m'a appris qu'une conviction peut mettre du temps à trouver le bon moment pour s'exprimer.
Mais aucune réussite ne se construit seul. Les idées ne prennent vie que grâce aux équipes qui les portent. Il est essentiel de savoir transmettre, donner envie à d'autres de reprendre le relais et accepter qu'ils fassent évoluer les projets à leur manière.
C'est sans doute le message que j'aimerais laisser : croire en ses convictions, avancer collectivement et construire des projets capables de continuer à vivre bien au-delà de soi.
Auriez-vous une devise ?
J'essaie simplement de faire mon travail du mieux possible et de rester en accord avec mes convictions. Pouvoir se regarder dans la glace en sachant que l'on a agi avec cohérence est sans doute ce qui compte le plus pour moi.