Interview d’alumni : Kenza Occansey, un parcours au service du collectif
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le 12 décembre 2025
De ses premiers engagements étudiants à Université Côte d’Azur jusqu’à la direction d’une vaste Convention citoyenne au CESE (Conseil économique et social et environnemental) portant sur le rythme de l’enfant, Kenza Occansey a construit un parcours où l’engagement, la démocratie participative et le service du collectif forment un fil rouge.
À seulement quelques années de ses débuts, il partage ici les étapes clés d’une trajectoire atypique, marquée par la conviction que les citoyens, jeunes comme adultes, doivent reprendre place au cœur des décisions publiques.
Comment a débuté votre engagement ?
Tout a commencé à Université Côte d’Azur, en licence de Droit et Science Politique.
C’est durant ces années que j’ai découvert le secteur associatif étudiant. J’ai été élu président du BDE de Droit, puis j’ai rejoint la FACE 06. Ensuite, entre la licence et le master, j’ai réalisé deux années de césure pour m’investir pleinement à la FAGE, en partant deux ans à Paris. L’université m’a mené sur le chemin de l’engagement, et c’est ce qui façonne encore ma vie aujourd’hui. J’en suis profondément reconnaissant.
Comment avez-vous poursuivi votre parcours après votre césure ?
En M1, j’ai repris mes études à Nice, puis j’ai enchaîné avec un M2 en Intelligence économique à l’Université Gustave-Eiffel. À partir de mars, le COVID m’a contraint à rester confiné : à part ma soutenance, je n’ai plus jamais remis les pieds à l’université.
En septembre 2020, la FAGE, qui dispose d’un siège au CESE, cherchait quelqu’un pour la représenter. Comme je venais de finir mes mandats dans la structure, je suis devenu représentant au CESE.
En parallèle, j’ai toujours travaillé dans des activités liées à mes études : d’abord en agence de communication, comme consultant auprès de syndicats, ONG ou partis politiques. Puis, j’ai eu une nouvelle opportunité : pendant deux ans, j’ai été Directeur de cabinet du président de l’Université Paris 3. C’était une autre manière de prolonger mon engagement universitaire.
Quel rôle le CESE a-t-il joué dans votre parcours ?
En 2021, le CESE a structuré de manière plus officielle ses travaux de participation citoyenne. Cette année a été essentielle pour moi : j’ai pu défendre la voix de la jeunesse et des étudiants, et les intégrer aux processus de décision.
En mai 2025, le Président de la République et le Premier ministre ont saisi le CESE sur la question du “temps de l’enfant”. Le président du CESE m’a proposé de piloter la démarche, de mai à fin novembre. Le sujet était immense : rythme scolaire, écrans, famille, santé, sport, culture, temps libre… Il a fallu tout aborder.
Nous avons défini une méthodologie, tiré au sort 130 citoyens parmi 200 000 personnes séléctionnées aléatoirement, organisé des dispositifs et des ateliers. Nous avons consulté près de 500 personnes dans les territoires, dont 100 enfants de 6 à 11 ans et une vingtaine d’adolescents tirés au sort. Pendant sept sessions de travail, 130 personnes ont travaillé ensemble, du vendredi au dimanche, pour aboutir au rapport remis le 23 novembre.
Le rapport compte, bien sûr, mais comprendre comment il a été produit est encore plus riche. Faire travailler des personnes ensemble, les accompagner et créer quelque chose qui leur ressemble : c’est une autre manière de faire de la politique.
Avez-vous été surpris par l’impact de cette convention ?
Oui et non. Oui, parce qu’elle a ravivé un débat sur les rythmes scolaires, abandonné depuis 2013. Le retentissement médiatique a été au-delà de ce que j’imaginais.
Moins surpris, car nous sentions, pendant les travaux, qu’un véritable élan se formait. Le sujet parle à tous : c’était un thème porteur.
Quels sont les enjeux futurs liés à ce travail ?
D’abord, inscrire durablement ce sujet dans le débat politique. Ensuite, veiller à ce que les propositions de la convention soient intégrées dans les discussions, notamment en vue des élections. Le CESE et les citoyens ont accompli un travail remarquable ; il faut désormais que les responsables politiques se hissent à la hauteur de ce qui a été réalisé.
Que retenez-vous, sur un plan personnel, de cette expérience ?
De la fatigue ! Pratiquer la démocratie autrement est exigeant. Faire émerger des consensus est extrêmement difficile. Cette expérience m’a profondément transformé : j’ai appris que les personnes qui vivent les situations au quotidien sont tout aussi légitimes que les experts. On réussit mieux quand on fait différemment.
Quels sont vos projets pour l’avenir ?
Je suis au CESE jusqu’en avril 2026. Après cela, je repartirai vers de nouvelles aventures. Plusieurs opportunités se présentent déjà.
Quel serait votre job idéal ?
Probablement une direction d’ONG ou une collectivité territoriale. Un poste proche du terrain, mêlant engagement et associatif, en cohérence avec ce que je fais depuis mes années universitaires.