Campagne de sensibilisation "LE RACISME ET LES DISCRIMINATIONS N'ONT PAS LEUR PLACE À L'UNIVERSITÉ. ENSEMBLE NE L'ACCEPTONS PAS"
La loi n° 2025-732 du 31 juillet 2025 a renforcé les obligations des établissements d’enseignement supérieur en matière de prévention et de lutte contre l’antisémitisme, le racisme et les discriminations. Déjà fermement engagée dans cette lutte depuis plusieurs années, Université Côte d’Azur lance une campagne de sensibilisation destinée à rendre visibles des situations vécues par des étudiant·es et des membres du personnel.
Le racisme et les discriminations raciales ne sont ni marginaux ni extérieurs à l’université. Les résultats de l’enquête ACADISCRI, menée entre 2021 et 2024 dans plusieurs établissements d’enseignement supérieur français (dont Université Côte d’Azur en 2021 et 2022), montrent que les étudiant·es et les membres du personnel peuvent être confronté·es à des traitements inégalitaires fondés sur l’origine, la nationalité, la couleur de peau ou la religion, réelles ou supposées. Ces situations peuvent survenir dans les interactions pédagogiques, les relations entre pairs et les espaces de travail, mais aussi affecter les parcours universitaires et professionnels. Ces constats rejoignent ceux d’autres recherches, notamment celles de l’Observatoire national de la vie étudiante et de l’Observatoire National des Discriminations et de l'Égalité dans le Supérieur.
À l’université comme ailleurs, le racisme peut prendre la forme d’insultes, de violences ou de discriminations au sens juridique du terme. Il s’exprime également à travers des paroles, des comportements et des pratiques plus ordinaires, que cette campagne entend particulièrement mettre en lumière.
Les situations présentées sont issues de verbatims recueillis dans le cadre de l’enquête ACADISCRI. Souvent banalisées, minimisées ou insuffisamment reconnues, ces situations portent pourtant atteinte à la dignité des personnes et peuvent fragiliser leur sentiment de légitimité et d’appartenance à la communauté universitaire.
En donnant à voir ces expériences, cette campagne invite chacune et chacun à mieux identifier les manifestations du racisme, à interroger des comportements parfois considérés comme anodins et à contribuer à la construction d’un environnement universitaire plus inclusif et respectueux de toutes et de tous.
Vous avez été victime ou témoin d’une situation de racisme ou de discrimination ? Vous avez une question ou souhaitez proposer un projet ? N’hésitez pas à nous contacter.
Campagne réalisée avec le recours à l'IA
Je suis né à Paris. On me demande toujours d’où je viens.
D’après l’enquête Trajectoires et Origines 2 (INED-INSEE) conduite en 2019-2020 (Téo 2), 29 % des personnes nées en France de parents immigrés déclarent qu’on leur demande souvent d’où ils et elles viennent. La même proportion considère ne pas être vu·es comme un·e Français·e, bien qu’étant de nationalité française.
Ce phénomène de renvoi aux origines s’observe aussi dans l’enseignement supérieur : d’après l’enquête Acadiscri, 36,8% des membres du personnel racisés rapportent qu’on leur demande souvent, très souvent ou tout le temps leurs origines (contre 6,3% des personnes perçues comme « Blanches »), cette tendance étant encore plus marquée du côté des étudiant·es (49,5% des étudiant·es racisé·es déclarent que ces questions sur l’origine sont fréquentes, voire quotidiennes).
Les questions posées sur « l’origine » des personnes peuvent être reçues positivement, comme témoignant d’une curiosité et d’un intérêt. Mais elles sont récurrentes et tendent implicitement à assigner les personnes visées à un statut d’étranger·e. De telles pratiques sont sous-tendues par une conception racialisée de l’appartenance nationale : la nationalité française ne se lit pourtant ni sur un visage, ni dans un nom ou une couleur de peau. A l’université, chacun·e doit pouvoir être reconnu·e sans que son appartenance à la communauté universitaire ou nationale soit constamment mise en doute.
On me dit : « on a tout compris, même avec ton accent »
Les remarques sur l’accent peuvent prendre la forme de moqueries, mais aussi être formulées sur le ton de l’humour ou du compliment apparent : « On a tout compris, même avec ton accent ! ». Pourtant, ces propos laissent entendre que l’accent constitue un obstacle à la compréhension ou à la crédibilité de la personne qui s’exprime. Dans le monde universitaire, où les échanges internationaux sont nombreux, de telles remarques peuvent conduire des membres du personnel et des étudiant·es à se sentir davantage jugé·es sur leur façon de s’exprimer que sur la qualité de leur travail.
Les discriminations fondées sur l’accent et les autres caractéristiques linguistiques d’un individu sont désignées sous le terme de « glottophobie », popularisé en France par le linguiste Philippe Blanchet. Les travaux de ce chercheur montrent que la manière de parler peut influencer les jugements portés sur la compétence, le sérieux ou la légitimité des personnes, indépendamment de leurs connaissances et de leurs qualifications. Dans l’enseignement supérieur, l’enquête Acadiscri indique que 28% des personnes immigrées interrogées – qu’elles soient membres du personnel ou étudiantes – déclarent avoir subi des traitements discriminatoires en raison de leur accent ou de leur maîtrise du français.
La diversité des langues, des parcours et des accents constitue une richesse pour l’université. Être attentif aux remarques qui peuvent dévaloriser ou caricaturer la manière de parler d’une personne contribue à créer un environnement de travail plus respectueux et inclusif, où chacun·e est reconnu·e pour la qualité de son travail et de ses idées.
Mon nom est écorché à chaque séance et toute la classe rit.
Écorcher un prénom ou un nom n’est pas un détail. Selon l’enquête ACADISCRI, 18 % des étudiant·es racisé·es interrogé·es rapportent qu’« une ou plusieurs personnes se trompent ou écorchent sciemment [leur] prénom ou [leur] nom » dans le contexte universitaire. Les témoignages recueillis évoquent particulièrement le moment de l’appel en début de cours : l’erreur est alors commise publiquement et peut susciter des rires ou des commentaires devant l’ensemble du groupe.
Il peut bien sûr arriver à chacun·e de ne pas savoir prononcer un nom ou un prénom que l’on rencontre pour la première fois. Mais lorsque la personne concernée en indique la prononciation et que l’erreur se répète, sans véritable effort pour la corriger, elle cesse d’être anodine. Il en va de même lorsque cette erreur donne lieu à des plaisanteries, lorsque le nom est volontairement déformé ou lorsque sa prononciation le fait passer pour excessivement difficile ou étrange.
Ces situations sont particulièrement éprouvantes parce qu’elles signifient aux personnes concernées qu’elles ne sont pas pleinement à leur place : leur identité est traitée comme une curiosité, devient un objet de moquerie ou les renvoie à une origine supposée étrangère. Elles peuvent susciter un sentiment d’humiliation, d’illégitimité ou d’exclusion, au point que certaines personnes n’osent plus corriger leur interlocuteur·rice, voire simplifient elles-mêmes leur nom pour prévenir de nouvelles réactions. Prononcer correctement un prénom ou un nom – ou demander simplement à la personne comment il se prononce – ne relève donc pas seulement de la politesse : c’est reconnaître son identité et sa pleine appartenance à la communauté universitaire.
« Tu tiens ta pince comme des baguettes chinoises »
Comme l’illustre cette affiche, au moment précis où la situation appelle simplement à maîtriser un geste technique, la personne est ramenée à une origine « chinoise » supposée. C'est le mécanisme classique du renvoi aux origines, l'une des formes les plus fréquentes du racisme ordinaire, comme l’a souligné l’enquête Trajectoires et Origines (INED-INSEE).
La recherche REACTAsie, qui a spécifiquement étudié le racisme anti-asiatique en France, en souligne les singularités par rapport à d’autres formes de racisme. Quelle que soit leur nationalité, les personnes interrogées se voient souvent renvoyées à un imaginaire « chinois » saturé de stéréotypes. Elles ont cependant tendance à banaliser le racisme qu’elles vivent, même si la pandémie de la Covid-19, en réactivant les préjugés anti-asiatiques, les a rendus plus visibles et a favorisé un processus de conscientisation.
Dans le contexte universitaire, l’enquête ACADISCRI souligne qu’un·e étudiant perçu·e comme asiatique sur trois déclare avoir vécu des traitements discriminatoires liés à son origine supposée. Comparés à d’autres groupes discriminés, ces étudiant·es voient souvent leurs compétences académiques davantage reconnu·es (ils et elles sont réputé·es travailleur·ses, discret·es, ayant des aptitudes en mathématiques et en sciences…). Mais positifs comme négatifs, ces stéréotypes les enferment dans une altérité. Les personnes vues comme asiatiques vivent également d’autres formes de racisme, plus violentes, comme des insultes ou des menaces.
Je vois des inscriptions antisémites. Je me sens visé et j’ai peur.
Cette affiche évoque une forme particulière d'antisémitisme : les inscriptions hostiles ou haineuses présentes dans l'espace public. Même lorsqu'elles ne visent pas directement un individu, elles rappellent aux personnes juives qu'elles peuvent être prises pour cible. Ce sentiment n'est pas anecdotique : selon l'Agence des droits fondamentaux de l'Union européenne, 90% des personnes juives interrogées en France considèrent que l'antisémitisme est un problème important dans leur vie, et 64 % déclarent avoir été confrontées à des propos ou contenus antisémites en ligne au cours de l’année écoulée.
L'antisémitisme constitue ainsi une réalité préoccupante en France. Selon la Direction nationale du renseignement territorial, 1570 actes antisémites ont été recensés en 2024, un niveau historiquement très élevé. La Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) souligne que ces faits ont augmenté de 260 % entre 2022 et 2024, dans le contexte qui a suivi les attaques du 7 octobre 2023 et la riposte d’Israël à Gaza.
L’enseignement supérieur n’est pas épargné par les remarques et comportements à teneur antisémite. D’après l’enquête ACADISCRI, 28 % des étudiant·es se déclarant juif·ves ou ayant un héritage religieux juif rapportent des traitements inégalitaires liés à la religion. Parmi eux·elles, 14,5 % déclarent avoir été confronté·es à des affichages, tags, graffitis ou slogans les visant directement ou indirectement, le plus souvent en lien avec leur religion. Le droit français réprime les injures, les provocations à la haine et les dégradations commises en raison de l’origine ou de la religion. Au-delà de leur qualification juridique, ces inscriptions contribuent à créer un climat d’intimidation et d’insécurité incompatible avec les valeurs de l’université.
On m’a déconseillé cette filière à cause de mon voile
Le racisme antimusulman, également appelé islamophobie, désigne les processus de stigmatisation et de discrimination qui visent des personnes en raison de leur appartenance, réelle ou supposée, à l’islam. Il se distingue de la simple critique de la religion, qui est possible dans un cadre laïque. Le racisme antimusulman peut notamment se manifester lorsque l’appartenance religieuse devient un critère d’appréciation des compétences, des comportements ou des choix des personnes. L’affiche en donne une illustration dans le domaine de l’orientation : sous l’apparence d’un simple conseil, dissuader une étudiante de suivre une formation en raison de son voile revient à mettre en doute sa légitimité à s’y engager et à restreindre ses aspirations sur le fondement de ses pratiques religieuses.
Ces phénomènes sont documentés dans différents domaines de la vie sociale. L’enquête Trajectoires et Origines 2 (INED-INSEE) met ainsi en évidence des niveaux élevés de discrimination déclarée parmi les populations musulmanes, ainsi que leur augmentation depuis 2008. De manière convergente, plusieurs rapports du Défenseur des droits soulignent la fréquence des discriminations religieuses dans la vie quotidienne de ces populations.
L’enseignement supérieur est aussi concerné : selon l'enquête ACADISCRI, 28% des étudiant·es se déclarant musulman·es ou ayant un héritage religieux musulman rapportent avoir subi des traitements discriminatoires liés à leur religion dans le contexte universitaire. Ceux-ci prennent des formes variées : commentaires sur leurs valeurs supposées, plaisanteries ou remarques faisant référence au terrorisme, différences dans l'attention ou les encouragements reçus, etc. Les étudiantes portant le voile sont particulièrement exposées : près d'une sur deux (49,4 %) déclare avoir vécu de telles situations, qui se traduisent notamment par une remise en cause de leurs compétences ou de leur légitimité à s'orienter vers certaines filières, ainsi que par des injonctions à retirer leur voile.
Le droit français protège la liberté religieuse et prohibe les discriminations, les injures ou les provocations à la haine fondées sur la religion. Au-delà des situations reconnues juridiquement, les propos et comportements qui ciblent les personnes en raison de leur appartenance religieuse (réelle ou supposée), y compris les remarques présentées comme de « l’humour », n’ont pas leur place à l’université : ils portent atteinte à la dignité des personnes visées et les conduisent à se sentir moins légitimes dans les espaces d'étude, de travail et de sociabilité.
Cette politique se décline en plusieurs objectifs
- assurer une veille sur les manifestations du racisme, de l’antisémitisme et de l’islamophobie à l’université, permettant d’identifier et de mettre en œuvre des priorités d’action ;
- former et sensibiliser les membres de l’université à la connaissance de ces phénomènes et aux moyens d’action possibles ;
- veiller à une mise en œuvre effective de l’égalité dans toutes les procédures de sélection à l’université (recrutement du personnel, admission des étudiantes et étudiants…) ;
- favoriser et traiter tous les signalements d’actes ou propos racistes, antisémites ou islamophobes qui prennent place dans le cadre universitaire ;
- favoriser le dialogue avec les acteurs et actrices de l’université (personnels, étudiantes et étudiants) et encourager leurs initiatives en matière de lutte contre le racisme et de promotion de l’égalité.
Des dispositifs à votre écoute
Si vous avez observé ou subi un acte ou un propos à teneur raciste, antisémite ou islamophobe, vous pouvez déposer votre signalement.
Plateforme de signalement
Université Côte d’Azur a également nommé une référente spécialisée sur ces questions à votre écoute.
Géraldine Bozec, Référente racisme et antisémitisme à Université côte d'Azur
Vous pouvez la contacter pour faire part de vos projets, initiatives et questions en matière de promotion de l’égalité et de lutte contre le racisme.
Ressources
- Loi du 31 juillet 2025 relative à la lutte contre l’antisémitisme dans l’enseignement supérieur
https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000052018661 - Plan national de lutte contre le racisme, l’antisémitisme et les discriminations liées à l’origine 2023-2026 mis en œuvre par la DILCRAH (Délégation interministérielle à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine anti-LGBT+)
- Guide publié en 2019 par le Ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche : Racisme, antisémitisme : comment agir ?
- Etudes et recommandations du Défenseur des droits
- Equipes et organismes de recherche sur le racisme et les discriminations à l’université : projet de recherche ACADISCRI ; Observatoire national des discriminations et de l’égalité
- Bibliographie, podcasts (à venir)