Réserves marines méditerranéennes : Ecoseas met en ligne une base d’informations complète aux usagers de la mer

  • Recherche
Publié le 29 juillet 2022 Mis à jour le 29 juillet 2022
Date(s)

le 29 juillet 2022

aires marines
aires marines

Alors que des milliers de touristes fréquentent le littoral français de la Méditerranée, le laboratoire Ecoseas (Université Côte d’Azur, CNRS) met en ligne une base de données concernant l’ensemble des réserves marines des côtes françaises de la Méditerranée. Cet observatoire donne aux usagers de la mer toutes les informations détaillées sur la règlementation en vigueur des 77 réserves marines comprenant 148 zones de règlementation distinctes. 

Cette base de données donne l’évolution de la protection des espaces marins, elle est sans cesse mise à jour. Elle vient d’être réactualisée avec une présentation améliorée (voir www.medamp.org). Elle est basée sur les indications des décrets et arrêtés publiés depuis les premières créations de réserves (celle du Parc national de Port-Cros en 1967 et celle du cantonnement de Beaulieu-sur-Mer en 1968), et sur l’analyse cartographique d’un système d’information géographique (SIG) sur lequel ont été reportées toutes les coordonnées des réserves ainsi que le trait de côte initial, l’ensemble des ouvrages gagnés sur la mer et les lignes (isobathes) bathymétriques.

Le Laboratoire ECOSEAS donne une analyse de la situation.
 

Une situation complexe à simplifier

La situation actuelle de la protection juridique territoriale de la biodiversité marine des côtes françaises de la Méditerranée est extrêmement complexe et mérite d’être simplifiée. 
Deux établissements publics d’État à caractère administratif distincts sont impliqués :
•    L’Office Français de la Biodiversité (OFB) gère 55 Aires Marines Protégées (AMP) avec 5 statuts différents :
-    Deux Parcs nationaux qui s’étendent en mer (Port-Cros et Calanques de Marseille)
-    Quatre Réserves naturelles qui s’étendent en mer (Scandola, Bouches de Bonifacio, les îles du Cap Corse et Cerbère Banyuls)
-    Deux Parcs naturels marins (Golfe du Lion, Cap Corse et Agriate)
-    Cinq Arrêtés de biotopes (Bruzzi, Moines, St Florent, Beauduc et Nice)
-    42 sites Natura 2000
-    Nous n’avons pas tenu compte des10 extensions marines des terrains du conservatoire du littoral ayant le statut d’Aire Marine Protégée alors que la colonne d’eau n’est pas concernée.
•    L’Institut Français de Recherche pour l’Exploitation de la MER (IFREMER) gère 22 réserves marines de pêche avec deux statuts différents :
-    Les cantonnements de pêche (au nombre de 17)
-    Les concessions de pêche (au nombre de 5)
Enfin une zone de protection internationale (le sanctuaire Pelagos) couvre des zones françaises, monégasques et italiennes).
 

Des niveaux de protection différents

Le niveau de protection réelle de la biodiversité marine est extrêmement différent selon le statut et la réglementation associée ce qui rend peu lisibles les efforts de protection. On distingue :
•    des espaces où la protection est forte car toute forme de pêche est interdite avec une surveillance spécifique (soit 0,33 % des eaux territoriales - secteurs localisés des parcs nationaux et des réserves naturelles) ;
•    de larges espaces où la protection contre l’impact principal sur la biodiversité marine (la pêche) est très faible ou inexistante (les 42 sites Natura 2000, les 2 parcs naturels marins et les zones périphériques des parcs nationaux et des réserves naturelles) soit 50,85 % des eaux territoriales. 


Des doublons dans la gestion d’un même espace marin

Un très grand nombre d’espaces marins protégés se recouvrent. De multiples doublons de gestion du même espace marin sont mis à jour : par exemple 52% des sites Natura 2000 sont à l’intérieur d’un espace mieux protégé (parc national, réserve naturelle, parc marin naturel).
 

Une tendance à la création d’immenses zones peu ou pas du tout protégées de la pêche

Une tendance à la création d’immenses zones peu ou pas du tout protégées de la pêche (sites Natura 2000) au-dessus de zones éloignées de la côte (6 créations depuis 2018 totalisant 12 734 km² dans la zone économique exclusive) alors que la biodiversité marine la plus riche et la plus menacée par toutes les formes de pêche et la proximité des ports se situe dans les petits fonds côtiers (entre 0 et -20 m de profondeur). Actuellement entre 0 et -10 m seuls 0,66 % des biotopes sont fortement protégés alors que 1052 ouvrages (ports terres pleins épis etc.) ont été construits sur la mer ayant définitivement détruit 5,24 % des fonds initiaux entre 0 et -10 m (voir www.medam.org).
 

Une charte graphique commune à toutes les zones protégées

Une incohérence dans la communication au public des règlementations en vigueur avec la publication de cartes aux chartes graphiques distinctes. Par exemple le rouge signifie que toute forme de pêche est interdite dans le Parc national de Port Cros alors que 50 km plus loin, dans le Parc national des Calanques, c’est le bleu foncé. Le site en ligne www.medamp.org présente toutes les cartes détaillées des aires marines protégées et des réserves marines de pêche avec la même charte graphique. 
 

Des zones marines encore trop faiblement protégées

Pour mieux protéger la biodiversité marine un accord international (Agenda 2030 pour le développement durable des Nations Unies), signé par la France, a pour objectif de protéger, en 2030, 30% des eaux nationales dont 10 % devront être « fortement protégées ». La base de données produite par le laboratoire ECOSEAS montre qu’actuellement seules 0,33 % des eaux territoriales françaises de la Méditerranée sont protégées « fortement » (toutes formes de pêche interdites et surveillance spécifique). L’observatoire des réserves marines et des aires marines protégées montre l’immense effort à accomplir pour que la façade maritime des côtes françaises de la méditerranée puisse atteindre cet objectif dans 7 années. 

La mise en place de l’Observatoire des réserves marines et des Aires Marines Protégées par le laboratoire ECOSEAS (Université Côte d’Azur, CNRS) a été financée par l’Agence de l’eau Rhône-Méditerranée Corse et la Région Sud (Provence Alpes Côte d’Azur). 

Contact : Lorraine Bottin - laboratoire ECOSEAS